Les jumeaux qui murmuraient à l’oreille des poissons

12 juillet 2017

Derrick et Lyndon Jameson ont toujours tout fait ensemble. Élèves à l’École Christine-Lespérance puis finissants du Collège Louis-Riel, les deux frères se sont passionnés très jeunes pour la biologie marine. Lyndon s’en souvient comme si c’était hier. « On avait 12 ou 13 ans. On est allé à l’aquarium de Vancouver en famille. On regardait les méduses quand on s’est regardé soudainement. On s’est dit : This is it! » Depuis ce temps, ils se sont consacrés à l’étude de la mer et de ses habitants.

Dès leur retour de la Colombie-Britannique, ils ont fait l’acquisition d’un aquarium. « Nous avons commencé à élever des lézards en même temps que des poissons, et nous fournissions les animaleries de Winnipeg, grâce à nos différentes couleurs. On a fait ça pendant trois ans. Certains magasins nous donnaient des bons d’achat en échange, et c’est comme ça qu’on améliorait notre aquarium. »

À leur sortie du secondaire, Derrick et Lyndon se sont inscrits à l’Université du Manitoba pour suivre des études d’écologie. « Nous avons rencontré une professeure avec laquelle nous avons pu faire de la recherche sur les organismes d’eau de mer à Terre-Neuve pendant deux étés. Grâce à elle, nous avions un degré en écologie, mais nous étions plus spécialisés que les autres. »

Les jumeaux riaient toujours lorsqu’ils évoquaient l’idée d’ouvrir un jour une animalerie spécialisée en poissons d’eau de mer. « On se disait qu’on le ferait à notre retraite. À ce moment-là, il y avait un magasin sur le chemin Henderson et un sur la rue Main qui monopolisaient le marché. Puis celui d’Henderson a fermé. Quand on était à l’école, on y avait travaillé pendant trois mois. Ils faisaient de l’entretien d’aquariums, et on a acquis beaucoup d’expérience. Lorsque le magasin a fermé, nous sommes allés voir les clients et leur avons proposé nos services. »

Les frères Jameson ont saisi l’occasion d’ouvrir une boutique spécialisée dans le sud de Winnipeg. « Quand on a trouvé ce local, c’était un cabinet de dentiste. Il y avait déjà la tuyauterie, ce qui nous a bien fait économiser. On a installé les aquariums, et notre grand frère a fait tous les supports. Le fait d’être jumeau, c’est bien quand on commence une entreprise, parce qu’on pense de la même façon. On travaille bien ensemble, on se complète. » À présent, le père de Derrick et Lyndon s’occupe de la comptabilité, et Jenn Jameson, l’une de leurs belles-sœurs également passionnée par la vie marine, est vendeuse dans la boutique.

Le magasin a rencontré du succès dès son ouverture, le 5 octobre 2014. « La première année, nous avons reçu l’aide du CDEM et suivi des formations pour apprendre à gérer une entreprise. Ils nous ont dirigés vers des bourses. » Leur héritage Métis a permis à Derrick et Lyndon d’obtenir une bourse de Louis Riel Capital Corporation, mais aussi de remporter la Vision Quest 2015. Ils ont aussi reçu de l’aide de Futurpreneur et de la Banque de développement du Canada.

Lors de leur participation à la Fosse au Lions en 2015, les jumeaux surnommés « Poséidon 1 et 2 » ou « the fish whisperers » par leurs clients se sont fait éliminer. « Quand nous avons envoyé le dossier de notre entreprise, les juges nous ont dit que le projet n’était pas viable. Or, nous avions déjà ouvert notre boutique! » Cette année, ils retentent l’aventure avec une meilleure expérience entrepreneuriale. « Nous voulons mettre notre nom et discuter avec les gens. Nous aimons partager notre passion. »

Derrick et Lyndon souhaitent avoir un magasin écologique et mettent tout en œuvre pour protéger l’environnement et éduquer les autres à la faune et la flore marine. « Le marché des collectionneurs d’aquarium n’aide pas la barrière de corail. Les poissons que nous vendons proviennent d’élevages. Ils ne sont pas en voie de disparition et viennent avec des coraux.  Maintenant, nous faisons des séminaires et des ateliers. C’est important, car quand on commence un aquarium, c’est tout un écosystème, et il y a beaucoup de questions. Dernièrement, nous avons commencé à nous rendre dans les écoles francophones pour démontrer aux enfants comment les poissons et les coraux se développent. Nous sommes fiers de promouvoir le fait que nous soyons francophones et Métis et aider la communauté qui nous a beaucoup appuyé. »